INTEROR fabrique des molécules à façon[1] pour les industries de santé et la chimie de spécialité. En plein développement, l’entreprise calaisienne a mis en œuvre, depuis octobre 2022, un dispositif ambitieux pour améliorer l’accueil et l’accompagnement des jeunes stagiaires, y compris de moins de 18 ans, sur son site classé « Seveso seuil haut ». Ses objectifs : promouvoir des métiers encore trop méconnus, faire découvrir très tôt les réalités et exigences du secteur, et faciliter les recrutements de demain, notamment après un Bac Pro. Cette initiative a valu à INTEROR de remporter le trophée Responsible Care 2025 dans la catégorie Sociétal. Juliette Lalande, responsable réglementaire et RSE chez INTEROR, revient sur les principaux enseignements de ce projet.
[1] Molécules réalisées sur mesure selon un cahier des charge défini par le client
L’accueil des stagiaires de moins de 18 ans était l’une des originalités les plus remarquées de votre projet. Pouvez-vous nous expliquer comment vous vous y prenez pour accueillir ces lycéens quand d’autres entreprises y renoncent ?
Le projet trouve son origine dans notre difficulté à recruter des diplômés de Bac Pro. Pour leur donner envie de travailler dans nos ateliers, il est essentiel de leur faire découvrir nos métiers, notre environnement de travail et les risques associés, avant que leurs choix d’orientation ne soient définitivement arrêtés. Or, beaucoup d’employeurs pensent encore qu’il est interdit d’accueillir des stagiaires qui ont, pour la plupart, moins de 18 ans. En réalité, cela est possible sous réserve d’obtenir une dérogation auprès de l’inspection du travail, en précisant notamment la liste des produits chimiques utilisés et les risques associés. Notre site industriel est classé « Seveso seuil haut », ce qui implique de fortes exigences liées à la manipulation de produits dangereux. Comme nous fabriquons des molécules à façon, les matières premières varient selon les commandes. Le projet a donc nécessité la pleine implication de plusieurs services, notamment la production, le service HSE[1] et les RH. Ces derniers travaillant également en partenariat avec le Lycée Polyvalent LEONARD DE VINCI de Calais.
Le tutorat est un élément clé de votre dispositif. Pouvez-vous nous décrire son fonctionnement ?
Les lycéens de moins de 18 ans ne pouvant pas participer directement aux activités de production, ils doivent bénéficier d’un accompagnement constant. Nous avons donc choisi de confier cette mission de tutorat à un salarié spécialement dédié à cet encadrement. Fort d’une solide expérience acquise au sein de l’ensemble des services de production de l’usine, il maîtrise parfaitement les spécificités de notre site. Mais au-delà de son expertise, c’est avant tout sa volonté de transmettre son savoir-faire, son expérience et sa passion du métier qui a motivé ce choix.
C’est lui qui forme également les nouvelles recrues, les initie aux procédures de l’usine et procède à leur évaluation. Sur une journée, les stagiaires suivent ainsi un parcours proche de celui des nouveaux arrivants, avec la présentation des différents services, un temps renforcé sur l’environnement et la sécurité, ainsi que le port des équipements de protection individuelle adaptés.
La qualité de l’accueil et du suivi des stagiaires repose en grande partie sur les compétences de notre tuteur, en particulier sur son sens de la pédagogie. Ce modèle me semble tout à fait transposable. Dans chaque usine, on peut trouver un opérateur de fabrication expérimenté, désireux de transmettre son savoir-faire aux Nouvelles générations et susceptible de s’épanouir dans ce type de mission.
Quel bilan tirez-vous de cette démarche ?
Nous avons démarré récemment, en octobre 2022, avec deux objectifs à long terme. Le premier est de donner davantage de visibilité aux métiers de la Chimie. Tous les enfants savent ce qu’est un boulanger, un médecin ou un enseignant. Mais pour découvrir la diversité des métiers exercés dans nos usines fermées et sécurisées, les stages restent la meilleure porte d’entrée. Cet enjeu est d’autant plus important que certains métiers sont difficiles à appréhender, notamment pour les jeunes femmes, encore peu présentes dans les fonctions d’opérateur de fabrication. Le second objectif est de faire de l’accueil de stagiaires un levier de recrutement prioritaire, dans un territoire où la concurrence entre entreprises est forte et où il faut aussi donner envie aux nouvelles générations de rester à Calais. Cette année, nous allons accueillir 20 stagiaires, mineurs ou non, du collège au BTS. Les trois quarts d’entre eux, majoritairement des élèves mineurs de seconde et première de Bac Pro, découvriront un service de fabrication. Nous souhaitons qu’ils puissent suivre le même parcours que Donovan, accueilli en stage en 2022, puis en CDD en 2023 et enfin en CDI en 2025. Recruter un étudiant qui a déjà effectué un ou plusieurs passages dans nos ateliers offre une vraie garantie de réussite : les stagiaires connaissent nos métiers et nos exigences, tandis que l’entreprise a pu apprécier leur implication, leur envie d’apprendre et leurs compétences.
Un nouveau bâtiment doit par ailleurs sortir de terre en 2026, avec des dizaines de recrutements à la clé, dans un contexte également marqué par un important programme de décarbonation. Nous comptons bien transformer les stagiaires d’hier en salariés de demain. INTEROR envisage aussi de poursuivre le dialogue autour de cette démarche, notamment à l’occasion de l’ouverture du nouvel atelier, afin d’en mesurer les effets dans la durée sur l’orientation, l’attractivité des métiers et les recrutements.
[1] Hygiène, sécurité et environnement