Depuis près de 10 ans, le Lycée Galilée de Franqueville‑Saint‑Pierre (76) organise sa Semaine de la production, un dispositif pédagogique unique qui plonge les élèves de seconde et de première du baccalauréat professionnel procédés de la chimie, de l’eau et du papier carton dans les conditions réelles d’une unité industrielle, mettant en pause les cours traditionnels.

Ce projet s’inscrit dans une longue tradition du lycée. En effet, dès 2003 France Chimie Normandie avait mis en place une animation “Passeport Jeune Chimie Sécurité” pour sensibiliser les élèves aux enjeux industriels et à la sécurité avec 11 établissements, dont le lycée Galilée faisait partie. Lorsque la réforme du baccalauréat professionnel a mis fin à ce dispositif en 2021, l’équipe pédagogique du lycée a choisi d’en préserver l’esprit en créant un module de production tutoré par des industriels, devenu progressivement la Semaine de la production.

Initialement menée avec une vingtaine d’élèves, l’initiative mobilise aujourd’hui près de 40 élèves et l’ensemble des enseignants de la section, transformant les ateliers et laboratoires en une véritable petite usine où les élèves produisent de l’eau distillée, du désherbant, de l’engrais, de la bière et même du whisky.

Cet évènement pédagogique est, pour les enseignants et les élèves, un temps fort de l’année qui permet de se rapprocher un peu plus de l’univers professionnel et surtout de valoriser les compétences acquises.

[1] Procédés de la Chimie de l’Eau et des Papiers Cartons

Faire vivre une expérience immersive d’une production industrielle

Du 8 au 12 décembre 2025, les élèves du Lycée Galilée se sont immergés dans une expérience de production, comme s’ils étaient en entreprise, sans quitter leur école. Equipés de leurs équipements de protection individuelle (EPI) et concentrés sur leur mission, ils ont endossé avec méthode, toutes les fonctions qui permettent d’aboutir à un produit prêt à l’emploi, avec un passage de consigne entre les différents groupes constitués afin d’assurer une continuité de production.

L’organisation est pensée pour être au plus proche du réel avec 8 groupes mixtes mêlant secondes et premières, divers services (production, laboratoire, qualité, conditionnement et maintenance), des synoptiques de production pour visualiser chaque étape, des contrôles de conformité, des objectifs de production et des changements de poste pour comprendre l’ensemble de la chaîne. Comme le précise Eric Goutier, enseignant spécialisé : « Par exemple, pour produire de l’engrais, le laboratoire doit d’abord contrôler la validité des matières premières, avant de vérifier la concentration basique des solutions salines et éventuellement procéder à des ajustements. Ensuite seulement, la phase de production en atelier peut démarrer. »

Les enseignants jouent le rôle de superviseurs industriels, mais laissent une grande autonomie aux élèves. Comme l’explique Camille Breemeersch : « Chacun a dû s’intégrer dans le planning de production avec un rôle bien précis et des tâches à effectuer en fonction de ses compétences. Les élèves ne réalisent pas seulement un TP, ils participent à un processus complet avec des responsabilités et des contraintes ».

Un pas de plus vers l’univers professionnel

Les manipulations ne sont pas nouvelles pour les élèves, ce qui change, c’est l’organisation du travail qui les rapproche de la réalité de l’entreprise. Evan, élève de première, résume bien la différence : « Il y a plusieurs différences par rapport aux TP qu’on réalise habituellement. D’abord, nous travaillons en équipe, il n’est pas question de se limiter à sa seule mission car il faut changer de poste et assurer une transmission avec la personne qui prendra la suite de ce qu’on a fait. Ensuite, notre objectif est de finaliser les productions et de s’occuper du conditionnement pour aboutir à un produit fini. »

Cette semaine permet de mobiliser des compétences clés dans le monde professionnel telles que la gestion du temps, le respect des procédures, la sécurité et le port des EPI, le travail en équipe, la communication entre services, la rigueur dans la transmission des consignes, la prise d’initiative ou encore l’autonomie. Les élèves découvrent également la logique industrielle avec les contrôles de matières premières, l’ajustement de concentration, la gestion des aléas, la maintenance préventive, l’optimisation des étapes…

Les retours des professionnels sont très positifs. Ils soulignent régulièrement le sérieux, la rigueur et la maturité des élèves. Ce niveau d’engagement contribue à expliquer le taux de poursuite d’études proche de 100 % et la facilité avec laquelle les élèves trouvent des stages.

Un dispositif qui séduit les entreprises

Chaque année, des entreprises du secteur sont invitées à observer les élèves en situation réelle. Cette année, ce sont les entreprises BASF, NEXIRA Val de Pharm et EUROAPI qui étaient présentes, accompagnées de France Chimie Normandie. Cela leur permet de découvrir des jeunes déjà sensibilisés aux règles de sécurité, à la rigueur professionnelle, à la communication en production et au travail en équipe mais aussi en autonomie. Laurent Bouisset, Directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques (DDFPT), souligne : « Ils ont été ravis de voir des élèves appliqués, autonomes, et soucieux des règles de sécurité, pour eux-mêmes et pour les autres. Les entreprises sont souvent impressionnées par le sérieux des élèves. Elles comprennent immédiatement pourquoi nos jeunes sont opérationnels en stage. »

Ces visites débouchent régulièrement sur des propositions de stage. En effet, quelques élèves trouvent une opportunité chaque année.

Un projet qui renforce la fierté et l’estime de soi

Au-delà des apprentissages techniques, la Semaine de la Production est un puissant levier de valorisation. Les élèves prennent conscience de leurs compétences, gagnent en confiance et se sentent considérés comme de vrais professionnels. Laurent Bouisset témoigne : « Le plus important, c’est que les élèves se sentent fiers d’eux et du chemin qu’ils ont parcouru. » Laurine, élève de première, confirme : « Le fait de travailler en autonomie, d’avoir des responsabilités, … C’est gratifiant. On voit qu’on nous prend au sérieux. »

La section accueille environ 30 % de filles, un taux supérieur à la moyenne nationale dans les formations industrielles. La filière a pu accueillir également des élèves en situation de handicap en mettant en place les aménagements nécessaires. Cette diversité contribue à la richesse du travail en équipe et à la dynamique collective observée pendant la Semaine de la production.

Pour renforcer ce sentiment de fierté, cet évènement se termine par un temps convivial partagé avec les familles et d’anciens élèves. Les productions sont présentées, les ateliers ouverts à la visite et les parents repartent avec une bouteille de bière fabriquée par leurs enfants lors de l’évènement. Laurine explique : « Nous montrons nos productions et faisons une présentation détaillée de tout ce que nous avons réalisé. Ils sont souvent impressionnés de voir tout ce que nous avons pu faire en une semaine, mais aussi de découvrir l’endroit où cela se produit. »

Ce moment est aussi l’occasion d’échanger avec d’anciens élèves qui ont quitté le lycée trois ans plus tôt, soit le temps qu’il faut pour que la production qu’ils avaient réalisée ait suffisamment maturé pour devenir du whisky. Chaque année, environ la moitié d’une promotion, revient 3 ans plus tard pour récupérer leur production, revoir leurs enseignants et témoigner de leur parcours auprès des plus jeunes.

Un projet qui évolue chaque année

Le dispositif s’enrichit continuellement avec de nouveaux ateliers, de nouvelles productions, l’amélioration des ateliers existants, des formations complémentaires, des réflexions sur l’impact environnemental avec la réutilisation de produits, la limite de déchets… mais aussi avec une implication croissante des entreprises. Ce projet mobilise toute l’équipe pédagogique et constitue un marqueur fort de l’identité du Lycée Galilée.

Les indicateurs de réussite confirment l’impact du dispositif avec la poursuite d’études des élèves (90 % à 100 % des élèves poursuivent leurs études après ce baccalauréat) et les retours de satisfaction qui sont excellents, tant du côté des élèves que des familles et des entreprises. Beaucoup évoquent une semaine « motivante », « professionnalisante » et « valorisante », qui donne du sens à leur formation et renforce leur confiance en eux.

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